
En Afrique, le trafic d’armes reste l’un des principaux moteurs des conflits armés et des violences communautaires. En Afrique de l’Ouest, particulièrement touchée, l’arrivée massive d’armes légères issues des zones de guerre aggrave une instabilité déjà préoccupante.
Selon l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement, « la prolifération des armes dans cette région constitue une menace sans précédent, aux conséquences humaines et socio-économiques bien plus graves que celles du VIH/sida« . La facilité avec laquelle ces armes circulent alimente l’insécurité et fragilise les structures sociales et étatiques. Ces armes illicites suivent en effet une chaîne complexe allant des fabricants légaux aux réseaux criminels. Bien que certains pays africains produisent des armes, la majorité provient des grandes puissances industrielles. Ces armes, parfois vendues légalement à des États fragiles, finissent malheureusement dans les mains de groupes armés non étatiques.

Sur le plan légal, le commerce d’armes représente une manne financière pour les exportateurs. En 2024, la France a enregistré 18 milliards d’euros de commandes d’armement, grâce à des ventes comme les avions Rafale à la Serbie et à l’Indonésie ou les sous-marins Barracuda aux Pays-Bas. Des grands chiffres reflétant l’importance stratégique et économique de ce secteur pour les grandes puissances. Toutefois, derrière ces transactions officielles se cache un marché parallèle incontrôlé. Un commerce illégal qui alimente des groupes terroristes comme Boko Haram et des milices armées en République démocratique du Congo, qui conduit à des crises humanitaires et des déplacements massifs de populations.

Malgré des initiatives comme le Traité sur le commerce des armes (TCA) de 2013, le contrôle reste insuffisant. La corruption, les failles judiciaires et le manque de coordination freinent les progrès. Pour remédier à ce fléau, une coopération étroite entre les gouvernements africains, les pays exportateurs d’armes et les organisations internationales est indispensable. Comme l’a souligné l’Institut des Nations Unies pour le désarmement, « tant que des initiatives sous-régionales coordonnées ne seront pas prises pour lutter contre la criminalité transfrontalière, le problème restera une menace constante » , réaffirmant ainsi que seule une réduction significative de l’accès aux armes peut permettre au continent de construire une paix durable et de sortir du cercle vicieux des conflits armés.
Ange Zongo



