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Mort de Toumba : la disparition d’un homme à qui Dieu a « donné les jambes pour courir »

Ancien aide de camp du capitaine Moussa Dadis Camara, ancien président de la République de Guinée Conakry, Aboubacar Sidiki Diakité, dit «Toumba», est décédé le 25 mars 2026. Figure centrale d’un des épisodes les plus sombres de l’histoire récente de la Guinée, son nom reste indissociable des événements du 28 septembre 2009.

Aboubacar Sidiki Diakité, plus connu sous le surnom de «Toumba», s’est imposé sur la scène nationale guinéenne à la faveur de l’arrivée au pouvoir du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) en 2008. Militaire de formation, il devient rapidement l’un des hommes de confiance du Chef de l’Etat, le Capitaine Moussa Dadis Camara, dont il assure la sécurité rapprochée.

À cette époque, Toumba Diakité est perçu comme un exécutant loyal, discret, mais influent. Son rôle bascule brutalement après les événements du Massacre du 28 septembre 2009. Ce jour-là, des manifestations de l’opposition sont violemment réprimées dans le grand Stade de Conakry, faisant des dizaines, voire des centaines de morts selon les sources de l’époque.

Dans les semaines qui suivent, les tensions s’exacerbent au sommet de l’État. Le 3 décembre 2009, Toumba Diakité est accusé d’avoir tiré sur Moussa Dadis Camara lors d’une altercation au palais présidentiel. Le Président est grièvement blessé et évacué à l’étranger. Toumba, lui, prend la fuite. Pendant plusieurs années, il disparaît des radars. Recherché par les autorités guinéennes et visé par des accusations graves liées aux événements de 2009, il devient l’un des fugitifs les plus célèbres du pays.

En 2016, il est finalement arrêté au Sénégal, puis extradé vers la Guinée. Son retour marque un tournant judiciaire majeur. Incarcéré, il est présenté comme un acteur clé dans la manifestation de la vérité sur le massacre du 28 septembre. Lors de ses auditions, il rejette une partie des accusations et met en cause la chaîne de commandement de l’époque. «Je ne suis pas le seul responsable», a-t-il soutenu à plusieurs reprises devant la Justice guinéenne.

Toumba à la barre pendant son jugement

Son procès, très attendu, s’inscrit dans une dynamique plus large de lutte contre l’impunité en Guinée. Toumba Diakité devient alors un témoin central, à la fois accusé et détenteur d’informations sensibles sur le fonctionnement interne du régime militaire de l’époque.

Avec la disparition de Toumba Diakité, la Guinée perd un témoin direct d’un épisode encore douloureux de son histoire. Son parcours, entre proximité du pouvoir, chute brutale et longue traque judiciaire, laisse derrière lui plus de questions que de certitudes sur les responsabilités réelles de sa disparition.

Issoufou Kaboré

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