AfriquePolitique

Crise Rwanda/RDC : le « hold-up » de Donald Trump érigé en accord de paix

Le Rwanda et la République démocratique du Congo, deux voisins déchirés depuis des décennies par des conflits meurtriers et des tensions géopolitiques, ont signé à Washington un accord de paix sous l’égide des États-Unis, le vendredi 27 juin 2025. Derrière cette médiation, l’administration Trump entend jouer les pacificateurs tout en consolidant ses intérêts économiques dans une région riche en minerais stratégiques. Au delà des frontières des deux pays, des voix s’élèvent pour dénoncer un « deal » dangereux pour le Congo.

Un accord a été paraphé entre Kigali et Kinshasa à Washington sous le leadership du président américain Donald Trump. Au cœur de cet accord : un retrait progressif des troupes rwandaises de l’Est congolais dans un délai de 90 jours, la mise en œuvre d’un mécanisme conjoint de sécurité, et surtout, un projet d’intégration économique régionale centré sur les minerais stratégiques dont le cobalt, le cuivre, l’or, le tantale, le lithium. L’accord prévoit aussi privilégié les investissements des industriels américains au Congo.

Pour Donald Trump, ce succès diplomatique, très médiatisé, est une aubaine. Le président américain, en quête de reconnaissance internationale, n’a pas manqué de vanter son rôle dans ce « deal historique ». « C’est une guerre vieille de 30 ans. Personne n’a réussi à la stopper. Moi, je l’ai fait », a-t-il lancé, entre deux poignées de main avec les diplomates des deux pays.

Le président américain a promis d’attirer des milliards de dollars d’investissements dans la région. L’accord prévoit un cadre économique inédit pour stimuler les chaînes d’approvisionnement de minerais critiques en partenariat direct avec le gouvernement et les investisseurs américains.

Un deal très dangereux et compromettant

Si l’enthousiasme est manifeste à la signature de cet accord de paix entre le Rwanda et le Congo, il reste plus nuancé dans les rangs de la diaspora congolaise. Nzuzi Mboma Moise, Congolais vivant au Burkina Faso, explique avoir accueilli la nouvelle avec « un mélange d’espoir et de prudence ». S’il salue l’effort diplomatique, il insiste sur l’importance d’une vigilance accrue. « La signature d’un accord ne garantit pas automatiquement la fin des violences. Ce qui compte, c’est ce qui se passe sur le terrain », prévient le jeune congolais.

Cette voix de la diaspora congolaise résume une certaine inquiétude.  Une certaine forme de désillusion quant à l’incapacité chronique des États africains à régler leurs crises par eux-mêmes . « Ce recours systématique à des médiateurs extérieurs traduit une fragilité institutionnelle », lance-t-il, avant d’ajouter « L’implication des États-Unis est un signal fort. Mais elle doit être transparente, encadrée, et réellement orientée vers le bien-être des populations et non vers des deals opaques», s’inquiète t-il.

Pour le Dr Nkuna Charles, universitaire congolais vivant au Burkina Faso le choix Washington plutôt que Moscou n’est pas fortuit. « Les Russes n’ont jamais développé un pays… Tandis que l’histoire a montré que les États-Unis, malgré leurs intérêts, ont contribué à développer certains pays dans le monde», explique t-il.

 » Cet accord de paix doit servir à la population, Dr Nkuna Charles, congolais, Enseignant-chercheur dans plusieurs universités du Burkina.

Au-delà des enjeux géostratégiques, c’est toute une population qui retient son souffle. Avec plus de 7 millions de déplacés et une instabilité chronique entretenue par une centaine de groupes armés, la RDC vit l’une des plus grandes crises humanitaires de notre temps. La signature de cet accord est bien que porteuse d’espoir. Nzuzi Mboma Moise lance un appel à la justice et à la réconciliation. « Le sang africain a trop coulé. La paix ne se décrète pas, elle se construit par des actes concrets, par la justice, la réconciliation, et le respect de la souveraineté des peuples », a t-il conclu.

Issoufou Kaboré

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page